Finale Maroc–Sénégal à la CAN

Le sport africain face à l’épreuve de l’éthique et de l’injustice

L’émission BL Podcast du journaliste Papa Alioune Sarr, diffusée sur YouTube ce dimanche 25 janvier 2026, est consacrée à une analyse approfondie et engagée de la finale de la Coupe d’Afrique des Nations Maroc–Sénégal.



Avec le professeur Mbaye Thiam historien et Djiby Diakhate sociologue, la Coupe d’Afrique des Nations (CAN) est abordée comme un révélateur des tensions entre éthique sportive, enjeux géopolitiques et mémoire historique africaine. Les intervenants rappelant d’emblée que « être champion, ce n’est pas seulement gagner, c’est avoir cette disposition d’ouverture qui consiste non pas seulement à respecter l’autre mais à le sacraliser ». Une conception d’après le professeur Mbaye Thiam héritée des traditions africaines selon lesquelles « celui qui distribue doit être prêt à perdre au profit des autres ». Pour lui la CAN devait ainsi être un espace de rassemblement des nations africaines après une histoire marquée par la fragmentation coloniale.

 Les tensions qui ont émergé autour de l’arbitrage et du comportement des joueurs marocains ont également été évoquées. Selon Djiby Diakhaté, la finale a été "pervertie" par des enjeux externes, qu'ils soient politiques ou économiques, notamment à travers un penalty controversé accordé au Maroc. L’appui du professeur Mbaye Thiam vient dans le sens ou "du point de vue sportif, ce penalty n’aurait jamais dû être". Cette décision a provoqué un sentiment de frustration parmi les Sénégalais, mais aussi parmi de nombreux observateurs qui ont vu là une injustice.

L’entraîneur sénégalais Pape Thiaw, en refusant de continuer à jouer, a été perçu comme faisant un geste symbolique, un "non à l’injustice", une protestation contre des pratiques qui, selon les intervenants, dénaturent le sport.

Cependant, l’exemple de Sadio Mané a été mis en avant comme un contre-modèle : sa persévérance et son engagement sont pour Diakhaté et Thiam un exemple de ce que le sport doit incarner. En fin de compte, le vrai perdant, comme le souligne le professeur Mbaye Thiam, « c’est celui qui n’a pas compris que le sport a des règles et des principes ». Pour eux, la Coupe d'Afrique des Nations doit rester un espace d'éducation morale, où l'esprit de compétition s'allie à un respect profond des valeurs humaines et sportives.

 

Cette crise de l'intégrité du jeu a conduit à un retour aux vertus du sport : « respect, altérité, empathie et fair-play », des principes qui, selon les invités, semblent parfois oubliés dans l’intensité des compétitions modernes. Pour Mbaye Thiam et Djiby Diakhate le football, tel qu’il est joué aujourd'hui, souffre de cette déconnexion avec les valeurs fondatrices qui devraient le guider.

 

Aissatou Ka

 

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